Pas Ga-Ga!
APRES DEUX ANS DE SILENCE, LE GÉANT ANGLAIS S'EST ENFIN REFORMÉ
AVEC MIRACLE, UN ALBUM QUI MARQUE SON RETOUR AU HARD-ROCK
PERCUTANT ET ORIGINAL DE SES DÉBUTS. UN STYLE QUI DOIT BEAUCOUP AU
JEU SOPHISTIQUÉ ET FLAMBOYANT DE SON GUITARISTE BRIAN MAY QUI S'EST
CONFIÉ À HARD-ROCK MAGAZINE.
Après une gigantesque tournée pratiquement mondiale— le
groupe ayant ignoré les Etats-Unis — et un album live, Live
Magie. Queen s'est accordé deux ans de vacances bien méritées,
après dix-huit ans de bons et loyaux services. Le groupe nous
revient aujourd'hui avec The Miracle, un album digne de leurs
meilleures productions, grâce auquel il pourrait bien remporter un
des plus gros succès de sa carrière. Brian May, le
guitariste génial, nous prouve, dans l'interview qu'il a bien voulu
accorder à Hard-Rock Magazine, que ces deux ans
d'interruption n'ont pas été néfastes au groupe, bien au contraire.
Un future bien prometteur se profile à l'horizon...
Hard-Rock Magazine : Comment avez-vous fait pour conserver un
certain recul par rapport à the Miracle, que vous avez
mis quatorze mois à composer et à enregistrer ?
Brian May : Nous sommes entrés en studio il y a plus d'un an, pour
voir si le courant passait toujours entre nous quatre. Nous avons pris
deux ans de vacances pour avoir du recul et pour poursuivre nos carrières
solos. La magie était toujours présente et. pendant cette année,
nous avons pas mal travaillé, tout en conservant cette fraîcheur et
ce feeling positif. Comme nous avons sans cesse entendu des critiques
autour de nous, nous n'avons pas eu le temps de nous endormir sur nos
lauriers !
Pourquoi avoir choisi ce moment précis pour reformer Queen ?
Nous nous voyions souvent, et nous avons senti que le moment était
venu de refaire quelque chose ensemble. Si nous étions entrés en
studio il y a trois ans, à la fin de notre tournée mondiale,
le résultat aurait été catastrophique: nous étions vidés. Bien sûr,
ces “ vacances forcées ” ont été douloureuses, mais les
nouvelles chansons ne s'en portent que mieux. Une question d'ordre
technique : combien composes-tu de solos pour chaque morceau ?
Oh, c'est très variable. Pour “ Scandai ”, j'ai gardé
la première prise, comme Freddy pour le chant. En une soirée,
le morceau était “ bouclé ” car nous ne pouvions pas faire
mieux. Même chose pour “Thé Invisible Man”; un soir,
j'avais la haine, et ça se ressent dans la chanson — j'ai donc gardé
cette prise. Par contre, il m'a fallu recommencer pas mal de fois “
Breakthru ” parce que je n'étais jamais satisfait du résultat. Au
début, rien n'était facile, mais c'est vraiment super de partager
les responsabilités. Autrefois, quand le moment venait de choisir un
single, chacun voulait que ce soit le morceau qu'il avait composé.
Maintenant, le problème est moindre puisque nous avons
davantage le sentiment que la chanson appartient au groupe. Quelles
sont les innovations pour Queen ? Cet album est une énorme innovation
en lui-même. Autrefois, quand un des membres apportait une idée,
il était le seul crédité pour la chanson. Sur le nouvel album, par
contre, tous les morceaux sont crédités au nom de Queen. Les
changements ont aussi été radicaux pour le studio: le résultat est
celui d'un groupe, et non d'une réunion d'individualités — disons
que nous sommes moins possessifs.
T'intéresses-tu à la technologie et aux innovations pour ce
qui est de la guitare et du matériel en général ?
Disons que ça m'intéresse de loin. J'apprécie les guitaristes
qui utilisent des samplers. par éxemple, même si moi je ne m'en
servirai jamais. Je ne veux pas changer ma façon de jouer, car j'aime
mon instrument et !a façon dont je fais corps avec lui. Ma guitare a
une vie propre et j'aime la sensation que me procurent mes doigts
contre les cordes. Je ne veux pas d'effets ou de pédales qui lui
donnent un son qui n'est pas le sien. Réussis-tu toujours à
jouer les mélodies qui te trottent dans la tête ? Disons que,
dans le meilleur des cas, j'y arrive. Mais je suis conscient de
certaines lacunes entre ma tête et mes doigts. Et puis il y a
des moments où je n'y arrive pas du tout, et je retombe dans
des clichés. Alors je préfère autant jouer ce que je ressens,
comme le font mes idoles Beck, Clapton ou Eddie Van Halen. Quel est,
selon toi, votre album le plus sous-estime ?
Hum... aux States, nos deux derniers albums sont passés complètement
inaperçus. Je suis pourtant très fier de A Kind of Magic.
Une chanson comme “ Who Wants to Live Forever ? ” aurait largement
mérité de passer en radio. “ Radio Ga Ga ”, “ I Want Tto Break
Free” et “ Hammer To Fall " sur the Works ont très
bien marché en Europe. Par contre, aux Etats-Unis, “ Radio Ga Ga
” a été étouffé au moment-même où il allait devenir
un gros hit. J'aimerais donc que les gens jettent une oreille sur the Works.
Penses-tu que le bide de the Works au USA a quelque chose
à voir avec l'attitude de la presse par rapport à
l'album ? En fait, je ne sais pas trop ce que fait la presse aux
States mais, en tout cas, elle ne fait pas grand-chose. On ne peut pas
attendre du public qu'il lise des articles et des interviews d'un
groupe qu'il n'entend pas en radio, et n'écoute donc pas. C'est un
cercle vicieux. Nous avons de très mauvaises relations avec la
presse anglaise. Les journaux nous ont causé pas mal de problèmes
: ils sont très destructeurs et ont fait de ma vie un enfer
l'an dernier. C'est d'ailleurs le sujet de “ Scandal ”.
Comment expliques-tu ce brusque manque d'intérêt des USA,
alors que votre succès est toujours aussi grand dans le monde
entier ?
A vrai dire, nous nous posons encore la question. Plusieurs problèmes
sont entrés en jeu : problèmes avec la maison de disques et
problèmes politiques au niveau de la promotion. C'est à
ce moment-là que nous avons rencontré une grosse galère
: deux de nos vidéos se sont cassé la figure. Beaucoup de gens ont
trouvé que le clip de “ I Want to Break Free ”, où
nous étions travestis, abordait un sujet “ limite ”. Et, comme
nous avons joué là où nous avions du succès,
nous avons un peu laissé tomber les USA ; c'est un cercle vicieux.
Etes-vous conscients de t'influence de Queen sur les groupes
actuels ?
Oui, et ça nous donne du cœur au ventre ! J'en suis très
fier : c'est un plaisir de ne pas être considérés comme de
vieux fossiles !
Quelle est l'importance de vos projets solos par rapport au groupe
? Ils ont une importance primordiale, car ils jouent un rôle
d'exutoire. Tu vois, un quartette, c'est comme quatre personnes qui
peignent un même tableau : ils ne se sentent impliqués qu'au
quart. Par contre, dans un projet solo, tu fais ce que tu veux, et
c'est toi qui dis aux autres ce qu'ils doivent faire ; quand tu
reviens, tes idées sont plus claires. Un groupe est en même
temps une restriction et le meilleur véhicule pour un musicien. A
condition de ne pas se laisser entraîner. Nous avons tous joué en
dehors de Queen mais, quand nous sommes ensemble, c'est magique. A ton
avis, pourquoi the Miracle marche-t-il si bien ?
Je crois que ça vient en partie du fait que les choses tournent
rond. “ I Want It All ” est fait pour passer en radio, et il
commence à très bien marcher. Aux USA, ce sont plutôt
les chansons avec beaucoup de guitares qui marchent : la radio là-bas
n'a pas le même son qu'en Angleterre, et c'est très bon
pour la guitare. Nous rnixons ia batterie et la section rythmique de
façon qu'elles soient très lourdes — ce qui a pour effet de
donner davantage d'espace et de dynamique. Aux USA, la bande FM écrase
complètement les médiums, ce qui a pour effet de mettre la
guitare en avant, et l'ensemble sonne donc très différemment.
Je comprends pourquoi ça plaît tant au public : en fait, c'est un
accident... heureux. Les radios passent aussi "Scandal" et
"Breakthru"; nous en sommes ravis!
Aviez-vous conscience que “ I Want it all ” avait tout ce qu'il
fallait pour devenir un hit ?
J'aime beaucoup ce morceau, mais je ne suis pas un bon juge. Nous
l'avons composé en studio il y a un an, et j'étais persuadé que je
serais le seul à l'aimer. Le premier indice favorable a été
que, lorsque les musiciens de Def Leppard, qui sont de très
bons amis à moi, sont venus dans les studios au moment du
mixage, ils nous ont fortement conseillé de le sortir aux USA. Et ils
sont bien placés pour savoir ce qui marche là-bas !
Il y a un an, je suis arrivé aux States dans un état de dépression
total et je suis allé voir Aerosmith à L.A. Ce sont
d'excellents amis du groupe et leur carrière est un peu parallèle
à la nôtre. Nos deux groupes ont été formés et ont commencé
à créer un marché à la même époque. J'ai été
époustouflé par leur show et j'étais vraiment heureux qu'ils aient
autant de succès. J'ai discuté avec Joe Perry après le
concert, et il m'a dit que, deux ans plus tôt, il n'avait plus qu'une
guitare et une valise et qu'il croyait que tout était fini pour lui.
C'est alors qu'il a réalisé que le reste du groupe était toujours là
et qu'il ne pouvait que regrimper la pente.
Je me suis donc dit que, s'ils y étaient parvenus, je le pouvais
moi aussi, et que, si les gens les considéraient toujours avec autant
de respect et d'admiration, cela pouvait être de même pour
nous. C'est à partir de ce moment-là que j'ai eu un
sentiment positif envers les USA. Comment ton jeu a-t-il évolué au
cours des années ?
Eh bien, il n'a pas autant évolué que je l'aurais souhaité.
Techniquement, je n'ai pas tellement progressé depuis cinq ou dix
ans. Mais, maintenant, je peux jouer ce que je ressens, ce qui me fait
beaucoup mieux jouer.
Dans le passé, vous aviez annoncé que vous ne tourneriez pas aux
States tant que vous n'y auriez pas un hit. Alors, vous allez donc
bientôt y aller ? “ I Want it all ” ne marche pas encore assez
fort ! Nous espérons vraiment y aller, mais il nous faudra encore un
peu de temps et de patience. Mais je ne peux pas attendre ! Nous avons
mis beaucoup de temps à ciseler cet album et nous voulons
soigner notre prestation scénique. Aujourd'hui, tous les concerts se
ressemblent et nous voulons faire quelque chose de jamais vu. “ 1
Want it ail "nous a fait mettre un pied sur le marché US, mais
nous devons attendre d'être vraiment implantés là-bas
pour décider de quelque chose. Nous verrons bien...
Elianne HALBERSBERG
Laurence FAURE |