Another One Bites The Dust
Another One Bites The Dust
Avec la mort de Freddie Mercury, c'est l'un des plus grands groupes
desvingt dernières années qui disparaît. Un groupequi,
partant du hard-rock, a su imposer son propre style, un style oùla
démesure — mais également l'humour — était de mise. On pourrait
en dire autantau sujet de son leaderqui, non seulement demeurera l'une
des plusgrandes voix du rock mais également unpersonnage haut en
couleur et un performerhors-pair. Hard-RockMagazine se devait de
rendre hommage à cette grande figure du rock en retraçant les
principalesétapes de la fabuleuse carrière de Queen.
Mous venons de perdre le plus grand et le plus aimé des membres de
notre famille”, Brian May, Roger Taylor et John Deacon. " C'est
une tragédie. J'admirais Freddie en tant que performer mais aussi
pour son honnêteté à admettre ce sida qui le rongeait.
Une très grande tristesse", Phil Collins. "Sa
contribution à la pop-music avec Queen fut énorme ”, David
Bowie. " Freddie faisait partie de cette élite restreinte de
showmen capables à lui seul de mettre en feu tout un stade.
Comme ses millions de fans à travers le monde, sa voix
exceptionnelle et son charisme scénique me manqueront”, Francis
Rossi (Status Quo).
La retenue des réactions ci-dessus recueillies à chaud après
la disparition de Freddie Mercury, à l'âge de quarante-cinq
ans, le 24 novembre dernier, pourra surprendre. Leur sobriété n'a d'égale
que le retentissement de l'annonce de celle-ci et l'affection que
portaient les différents protagonistes à cette figure emblématique
du rock des vingt dernières années.
Soyons francs. Ce n'est pas tant la nouvelle de ce décès
qui a surpris mais bien son aspect inéluctable, brutal, et sa portée
symbolique. Première rock-star d'envergure universelle à
quitter officiellement le devant de la scène à cause du
sida (si l'on fait abstraction des rumeurs concernant Miles Davis qui
restent aujourd'hui encore du domaine de l'hypothétique), Mercury
sera parti comme il avait vécu : en marquant les esprits.
Le mal incurable qui allait avoir raison du chanteur de Queen était
connu de tous, ou à peu près, et ce bien avant son aveu
solennel, moins de 24 heures avant son issue fatale. Depuis la décision
de décliner la moindre offre de tournées futures en 1986 (alors que
ces dernières représentaient l'essence même de l'identité
Mercury) jusqu'aux plus récentes photos ou vidéos trahissant un
amaigrissement alarmant du vocaliste auxquelles viendront s'ajouter le
douloureusement prophétique single “ The Show Must Go On ”, il n'était
guère utile de faire preuve d'une imagination débridée pour
présager l'inexorable.
Freddie Mercury n'avait jamais fait mystère de son
homosexualité, avouant même avoir connu sa première expérience
en la matière dès l'âge de quinze ans. De déclarations
fracassantes ("J'ai certainement eu plus d'amants qu'Elisabeth
Taylor ") en travestissements vestimentaires racoleurs, il s'en
jouait même volontiers et, pour tout dire, on se foutait “
royalement” d'un tel choix, à l'exception d'une certaine
presse-caniveau britannique toujours avide de colporter immondices en
tout genre à son propos.
Oui, on aimait Mercury pour ses extravagances, son goût immodéré
pour ses accoutrements volontairement provocateurs (jarretelles,
perruques et maquillages outranciers...) ou son sens de la démesure
comme les festivités de son quarante et unième anniversaire,
en 1987, où il conviait quatre-vingts de ses amis à
Ibiza en leur affrétant un DC9 pour une soirée orgiaque où se
mêlaient danseurs de flamenco, feu d'artifice princier
(inscrivant son nom en lettres de feu dans le ciel ibérique) et gâteau
d'anniversaire haut de six mètres porté par autant de serveurs
vêtus d'or et de blanc. On aimait cette obsession flamboyante,
ce ton délibérément théâtral car, à la différence de
certains, il sonnait vrai (sans pouvoir prétendre qu'il l'était pour
autant) et était pleinement assuré. On aurait néanmoins tort de réduire
l'importance de Mercury à cette simple débauche de mises en scène
et d'excentricités hautes en couleur.
Né Frederick Bulsara à Zanzibar (île de l'Océan Indien,
ancien protectorat britannique avant de devenir partie du territoire
de la Tanzanie africaine), le 5 septembre 1946, de parents descendants
de la Perse antique (et membres de l'ances-trale secte Zoroastrian
considérant l'homosexualité comme une pratique “impropre”),
Mercury passe une partie de son enfance en Inde (Bombay). Il y connaît
les “ affres ” du pensionnat avant que toute la famille n'émigre
pour la mère patrie, en l'occurrence Feltham dans le
Middlesex(i), en 1959, s'installant à moins de cent mètres
du domicile d'un autre adolescent qui fera lui aussi son chemin :
Brian May (les deux gaillards mettront dix ans pour se rencontrer !).
Le jeune Bulsara étudie alors les Beaux-Arts et se “ compromet
” dans un blues-band local nommé Wreckage, sans répercussion
aucune. Il part ensuite à Londres pour travailler dans divers
étalages de fringues au marché de Kensington où il fait la
connaissance de Roger Taylor, alors étudiant à la London
University et accessoirement batteur au sein du groupe Smile, où
sévit également Brian May, lui aussi élève de la London
University (après avoir caressé l'espoir de devenir...
astronome spécialiste des techniques infrarouges !).
Mercury assiste à plusieurs concerts de Smile, n'hésitant
pas à y aller de ses petits conseils. “ // était de plus en
plus assidu à nos prestations et il n'était pas question de
prendre ses suggestions à la légère ! "Pourquoi
perdez-vous autant de temps à faire ceci ou cela ? Soyez plus
originaux, plus démonstratifs, mettez un peu plus de conviction et de
force dans votre musique, c'est en tout cas ce que je ferais si j'étais
votre chanteur", insistait-il. A l'époque, son expérience du
chant était pourtant minime et nous ne savions rien de ses capacités
en la matière. On pensait même qu'il n'était qu'un théoricien
de la musique”, se souvient Brian May. Smile ne subsistera pas très
longtemps, le départ du bassiste Tim Staffell (colocataire d'un
appartement avec Freddie) précipitant sa fin.
Début 1970, les premières ébauches du futur Queen
commencent à prendre forme, plusieurs bassistes défilant sous
les yeux du trio Mercury-May-Taylor avant que John Deacon ne soit
recruté par le biais de petites annonces. Le sort en est scellé. En
avant pour Queen, subtil patronyme à double entrée (le terme désignant
tout à la fois la reine et les travestis d'âge mûr !).
“ Ce nom fut principalement l'idée de Freddie. Je n 'étais pas très
chaud au départ, pas plus que Roger (Taylor), ma/s c'était le plus
frappant; dans un sens, celui qui avait le plus d'arguments parmi la
centaine que nous avions avancés. De par sa connotation mystique et
ambiguë, il était celui le plus à même d'attirer
l'attention et de frapper l'imagination. Nous l'avons donc gardé!"
reconnaîtra Brian May.
Le groupe donne son premier concert en février 1971 au College Of
Estate Management et enchaîne par une tournée des clubs et des pubs,
sans abandonner pour autant ses diverses activités annexes : May
persiste dans sa quête d'un doctorat, Taylor bachote sa licence
de biologie, Deacon “s'improvise” enseignant et Mercury s'attelle
tant bien que mal à poursuivre les cours des Beaux-Arts et débite
toujours ses stocks de frusques sur les marchés londoniens. Après
quelques démos au DeLane Lea Studios, le groupe se voit proposer un
contrat de management avec Trident Audio Productions et enregistre son
premier album aux studios du même nom, avant même que ne
soit signé le contrat avec EMI en novembre 1972 (l'album ne sortira
qu'en juillet 1973). Malgré le single “ Keep Yourself Alive ”,
l'accueil est des plus mitigé, cequi n'empêche pas Queen de
partir en tournée, ouvrant pour The Sparks en Angleterre et pour Mott
The Hoople aux USA.
1974 sera plus prolifique. En mars sort Queen II dont le succès
n'est pas sans rapport avec la réputation scénique que le groupe est
en train d'acquérir avant que le second single, “ Seven Seas Of
Rhye ”, ne vienne enfoncer le clou, grâce à un passage au
sacro-saint Top Of Thé Pops où le groupe doit combler au pied
levé le vide laissé par la non-réception du nouveau film
promotionnel de David Bowie, au grand dam des programmateurs de la BBC
furieusement... “ under pressure " ! Quoi qu'il en soit, Queen
II marque le vrai début de la facture du quatuor. Brian May : “ Cet
album représentait une émotion musicale que nous espérions être
capables de concrétiser. Ce fut donc notre première expérience
dans le pur travail de studio. Nous voulions essayer de pousser les
techniques de studio vers de nouvelles limites pour un groupe rock. et
ce à un point tel que nous pouvions littéralement voir
à travers la bande d'enregistrement tant il y avait d'overdubs
! "
La tournée américaine prévue pour le printemps est annulée,
Brian May étant victime d'une crise d'hépatite. C'est encore
convalescent qu'il participe à l'écriture et à
l'enregistrement de Sheer Heart Attack. qui sort en novembre et permet
à Queen d'être sacré groupe de l'année par le Melody
Maker. en février 1975. Le groupe en profite pour changer de
management, abandonnant Trident au profit de John Reid, qui s'occupe déjà
des intérêts d'Elton John.
En mai de la même année, Queen commence les enregistrements
d'un nouvel album dans six studios différents, pour ce qui reste
peut-être encore aujourd'hui la pierre angulaire de la
discographie du groupe, A Night At The Opera, emmené par le désormais
titre-symbole “ Bohemian Rhapsody ”. “ Ce fut vraiment le bébé
de Freddie depuis les prémices de sa confection. Il savait exactement
ce qu 'il voulait, en avait composé la moindre harmonie. Idem pour la
trame basique piano-basse-batterie, la texture vocale ou les parties
de guitare, même s'il me laissa toute liberté à ce
niveau. Il en a contrôlé la structure de A à Z", se
souvient Brian May.
Mercury était-il aussi sûr de son fait ? D'autres avis
pourraient laisser penser le contraire, comme l'atteste l'un de ses
amis proches, le DJ londonien Kenny Everett : "// m'a appelé un
soir en me disant qu'il venait de terminer un titre de plus de huit
minutes et qu 'il ne savait pas ce qu'il fallait en penser et si cela
serait un hit. Je l'ai invité à passer chez moi pour lui
donner mon avis. Il a mis ce "truc" dans mon magnéto et
j'ai vraiment eu un choc. Et lui qui paraissait hésitant ! Je n'en
croyais pas mes yeux! C'était comme si Mozart avait pensé. "Mon
concerto de clarinette a-t-il une chance d'être entendu
?"."
Ce sera d'ailleurs grâce à Kenny Everett, qui diffusera
plus que de raison “ Bohemian Rhapsody ” dans son émission sur
Capitol Radio, que ce titre trouvera un public conséquent, EMI se
montrant alors plutôt frileux pour commercialiser un pavé de cette
longueur ! Le single restera pourtant neuf semaines consécutives en tête
des charts, établissant alors un nouveau record. Un succès
renforcé par le film promotionnel qui lui fait suite, considéré
depuis comme le tout premier vidéo-clip digne de ce nom. La machine
s'emballe, Queen accumulant les dates de concert à travers la
planète avec des shows de plus en plus spectaculaires, tant au
niveau des décors de scène que des “ exactions ” de
Freddie Mercury qui a tout le loisir de laisser libre cours à
son imagination, question costumes et dépense physique.
Toutes les conditions sont donc réunies pourque l'album suivant génère
les réactions les plus... mitigées ! La presse britannique, excédée
par la renommée planétaire du groupe et par ce qu'elle croit déceler
chez Freddie Mercury comme de l'arrogance, ne rate pas l'occasion pour
y al 1er de ses considérations acides. Queen se “ permet ”
d'annuler à la dernière minute sa participation à
l'émission TV “ To Day ”, EMI les remplaçant par un groupe fraîchement
signé. The Sex Pistols, dont le comportement sur le plateau ne
manquera pas non plus de provoquer moults commentaires! A DayAt TTie
flaces sort donc en janvier 1977 sans que la vague punk naissante ne
lui porte trop ombrage puisqu'il s'installe d'emblée numéro un des
charts albums UK.
On est pourtant loin de la razzia de l'exercice précédent, ce que
justifie Brian May : “ Nous aurions dû sortir les deux albums
en même temps car les titres composant l'un et l'autre furent
plus ou moins écrits au même moment et ils correspondaient
à une période globalement identique de notre développement.
Il était donc logique de faire entre eux un parallèle. Le fait
que l'un vienne après l'autre était une aberration car Day At
The Races fut perçu comme une suite de Night At The Opera alors qu'il
n'en était que le prolongement. ” S'ensuit alors une période de
relatif silence de la part du groupe, boycottant la presse car lassé
des attaques répétées de celle-ci à son encontre.
En juillet débutent les premières sessions de News Of The
Worid, son plus gros succès en France grâce notamment aux
singles “We Are The Champions” et “ We Will Rock You ”. On s'étonnera
alors de constater que Freddie Mercury ne soit pas plus impliqué dans
l'écriture des titres, laissant ainsi planer d'insidieuses rumeurs
quant à son avenir au sein du groupe. “ Rien de tout ça n'était
vrai. Freddie ressentait seulement le besoin de d'intéresser à
d'autres choses et s'ennuyait un peu en studio, et ce pour la simple
et bonne raison que nous y avions passé un temps anormalement long
pour les deux albums précédents. Il se sentait improductif, ce qui
ne l'a pas empêché de nous pondre "We Are The
Champions" notamment!" précisera Brian May. Le désir de
sortir du carcan Queen semble d'ailleurs contagieux puisque Roger
Taylor a déjà sorti un premier album solo, / Wanna Testify
(juillet 1977).
Après la tournée de rigueur, Queen se retrouve en juillet
1978 à Montreux (Suisse) pour les enregistrements de Jazzqui s'étalent
sur plus de trois mois. C'est la première fois que le groupe
confectionne un album hors de son Angleterre natale sans que le résultat
en soit particulièrement satisfaisant aux dires de ses
concepteurs. On retiendra les très racoleurs “ Fat Bottomed
Giris ”, “ Bicycle Race ” et son cortège de cyclistes féminines
nouvelle vague, aux combinaisons plus que minimalistes (le poster
fourni aimablement avec la galette se transformant bien vite en décoration
murale dans les chambres des adolescents d'alors, votre serviteur n'échappant
pas à la règle).
Pour attaquer sa deuxième décennie le mors aux dents, Queen
s'offre en 1979 une pause créative néanmoins comblée par le double
Live Killers, seyant témoignage de la puissance dégagée sur scène
par nos altesses et qui demeure, aujourd'hui encore, l'un des albums
les plus appréciés des aficionados du groupe.
Les années 80 commencent et Queen ne s'en laisse pas compter, désireux
de surprendre. “Crazy Little Thing Called Love ” a déjà
annoncé la couleur par son clin d'oeil à Elvis Presley. The
Game confirme les premières tendances : retour à plus de
simplicité, comme le confirmera Brian May : “ Nous cherchions un
angle nouveau pour cet album, avec l'idée de tailler dans le vif et
d'élaguer plutôt que de laisser nos imaginations foisonnantes
alourdir le cadre de base. C'est là encore une initiative de
Freddie qui pensait que nous avions jusqu'ici fait preuve d'une telle
diversité que le public ne savait plus trop à quoi se
raccrocher concernant Queen. Il nous a donc fallu nous restreindre
à une certaine discipline. ce qui était nouveau pour nous,
mais finalement utile, offrant ainsi à l'album une certaine
modernité”.
Concept de modernité renforcé par l'utilisation de synthétiseurs,
une première là aussi, surtout de la part d'un gang qui
avait fait, jusqu'alors, sa fierté de tout refus de compromission
avec les vilaines bébêtes en question. Brian May toujours :
"Leur adoption a découlé de l'album Flash Gordon sur lequel
nous travaillions dans le même temps. Roger en est le principal
instigateur et responsable! Nous venions de comprendre le pi us que
pouvait apporter des synthés sans qu'ils prennent le dessus pour
autant ! " Ce re-virement s'avère salutaire, les singles
“ Play The Game” et le très disco à la mode Chic “
Another One Bites The Dust ” venant le confirmer sans tarder.
Queen s'embarque alors dans une tournée en Amérique du Sud
(Argentine, Brésil) qui devient à partir de là son
jardin privé, avec en point d'orgue les cent trente et un mille
spectateurs de Sao Paulo en février 1981. Avril voit la sortie du
deuxième album solo de Roger Taylor {Fun In Space) avant que le
single “ Under Pressure ”, en duo avec David Bowie, ne vienne
clore l'année en beauté, offrant à Queen son premier single
numéro un dans les charts UK depuis “ Bohemian Rhapsody”. L'album
Hot Space qui l'accompagne quelques mois plus tard (juin 1982) laisse
de marbre, ce qui n'empêche pas Queen de poursuivre un périple
mondial conséquent. En 1983, le groupe s'octroie une année
sabbatique qui offre à Brian May une escapade le temps d'un
mini-LP au sein du Star Fleet Project aux côtés d'Eddie Van Halen.
Le “ retour aux affaires” l'année suivante n'en sera que plus
fascinant avec l'étonnant “ Radio Ga Ga ”, préfigurant le
notoire The Works, plus grosse vente du groupe en Grande-Bretagne après
le Greatest Hits de 1981, et dont “ l Want To Break Free”
confirmera l'embellie. Ce dernier titre deviendra le nouvel hymne
officiel de l'ANC sud-africaine, pour la plus grande satisfaction du
groupe sévèrement critiqué suite à une série de
concerts à Sun City en août de la même année
(Queen figurera sur la liste noire des autorités culturelles des
Nations Unies). En octobre apparaît “LoveKills”, premier single
en solitaire pour Freddie Mercury (extrait de la BO de la nouvelle
version du Metropolis de Fritz Lang). Orientation confirmée sept mois
plus tard (mai 1985) avec l'album Mr. Bad Guy. non sans qu'au préalable
Queen ait triomphé en janvier au “ Rock In Rio ”. Le groupe est
pourtant sujet à des conflits internes et une dissolution est
à nouveau évoquée. Le concert du Live Aid (13 juillet 1985)
leur procure pourtant un bain de jouvence, un enthousiasme nouveau
qu'ils n'espéraient plus. Cette “ révélation ” leur inspire le
single “ One Vision ” et l'album A Kind Of Magic (juin 1986), dont
on retrouve plusieurs titres sur la BO du film Highiander. Après
un énième passage au Wembley Stadium, Queen se produit
à Budapest devant quatre-vingt mille personnes, concert filmé
et enregistré (qui donnera lieu à l'album Live Magie). A noter
que cette visite en Hongrie est la première prestation locale
d'un groupe occidental depuis celle de Louis
Armstrong en... 1964 ! La tournée, qui s'avérera être la
dernière, s'achève par une participation au Knebworth
Festival le 9 août.
Les deux années suivantes (1987-88) verront encore le groupe s'éparpiller.
Roger Taylor fondant The Cross et prouvant par là-même
que la guitare n'était pas chez lui qu'un simple défouloir tandis
que Freddie Mercury y allait d'une reprise remarquée du standard des
Platters, “ The Great Pretender”, avant de “ s'accoupler” avec
la cantatrice espagnole Montserrat Caballé pour un “ Barcelona”
choisi comme hymne officiel des jeux Olympiques dans la cité catalane
l'été prochain.
Il faudra donc attendre 1989 pour découvrir le seizième
album de Queen, Thé Miracle, marquant un retour aux guitares tranchées
et une direction ostensiblement heavy. Bien qu'inégal, ledit album
renferme quelques singles non négligeables (“ l Want It All ”, récupéré
depuis par un consortium automobile germano-espagnol, “Breakthru”
ou “The Invisible Man ”). Le groupe paraît plus soudé que
jamais, au point de signer communément tous les titres, ce qu'il
n'avait jamais fait auparavant.
En février 1990, Queen annule à la dernière minute
sa participation aux BRITS Awards et certaines photos parues dans la
presse britannique laissent percevoir un Freddie Mercury singulièrement
amaigri. Les rumeurs d'un sida contracté par le vocaliste se font de
plus en plus insistantes. Il rejoint cependant ses acolytes en studio
à l'automne pour les sessions de Innuendo, qui sort en mars
1991 dans la foulée du single de six minutes du même nom en qui
on voit un peu trop vite une resucée de “ Bohemian Rhapsody ”.
Les vidéos qui viennent illustrer les différents singles (“
Innuendo ”, “ Headiong ” et le dernier en date “ The Show Must
Go On ”, kaléidoscope survolant vingt ans de carrière
à travers les clips précédents) ne laissent plus de place au
doute, pas plus que l'annonce d'un Mercury cloîtré dans son
appartement de Kensington depuis plusieurs mois. Le 24 novembre au
soir tombera la douloureuse confirmation de nos inquiétudes. "Je
ne m'attends pas à faire de vieux os, déclarait un jour
Freddie Mercury. Mieux encore, ça ne m'intéresse pas. Je m'imagine
difficilement vivre jusqu'à soixante-dix ans. Je m'emmerderais
! "Pour une fois, on aurait apprécié que le destin se plaise
à le contredire.
Xavier BONNET |