La vie après la mort
Vous n'y échapperez pas. Quatre ans après la mort de
Freddie Mercury, l'album événement Made In Heaven sort enfin. Réalisé
à partir des bandes laissées par Mercury après son
triste décès, cet ultime album, s'il va ravir de nombreux
fans, ne manquera pas de soulever la douloureuse question de sa légitimité.
Mais rien ne pourra jamais remettre en cause la formidable carrière
de Queen, que nous vous proposons de survoler de A à Z .
Dès le début des années quatre-vingt, l'Amérique du Sud
va s'avérer être l'un des territoires de prédilection de Queen
(avec, comme il se doit pour les groupes habitués à nos
colonnes, le Japon). Freddie Mercury, Brian May, John Deacon et Roger
Taylor sont en effet les premiers artistes à mettre sur pied
une tournée des stades écumant le continent, avec, en point d'orgue,
un concert à Sao Paulo en 1981 devant 131 000 spectateurs. Un
record d'affluence, car Queen est le seul groupe programmé et qu'il
ne s'agit pas d'un festival. Juste après la triste guerre des
Malouines, qui vit s'affronter la Grande-Bretagne et l'Argentine,
Queen est le seul groupe britannique à ne pas annuler sa tournée
prévue. Comble de la provocation, Mercury viendra effectuer les
rappels, enroulé, comme d'habitude, dans une banderole, frappée d'un
côté de la flamme britannique, de l'autre du drapeau argentin. Résultat
? Un enthousiasme énorme de la foule qui a laissé de côté pour
quelques instants son nationalisme. En 1982, le groupe enre-gistrera
"Las Palabras De Amor" en hommage à son fidèle
public sud-américain.
Avec ce titre sorti n 1975, Freddie Mercury s'impose définitivement
comme un l'intégralité du morceau, avant même que Queen n'ait
pénétré en studio. A l'origine, Freddie Mercury n'avait pas du tout
confiance en sa composition : un single d'une telle longueur, avec ses
multiples changements d'ambiance, n'avait absolument aucune opportunité
de passer en radio. C'était sans compter sur l'opiniâtreté d'un DJ
local, qui bastonna “ Bohemian Rhapsody ”, et qui, indirectement,
en fit le succès que l'on sait.
Le rock inventif et image de Queen mettra longtemps avant
d'investir le septième art. Première intrusion en 1980,
pour la B.O. de “ Flash Gordon ”. Après vision d'une
vingtaine de minutes de rushs, le groupe s'emballe et décide de se
charger de la totalité du soundtrack. Le film, kitsch au possible,
produit par Dino de Laurentiis et interprété par Ornella Muti, va
profiter du succès du hit “ Flash ”. Il s'agit de la première
véritable B.0. composée intégralement par un groupe. L'album sort
et ne contient pas exclusivement des chansons : on y retrouve moult
bruitages, dialogues et effets sonores qui font de ce disque,
moyennement apprécié par la critique, un must très
innovateur. En 1984, Georgio Moroder, pape du disco et compositeur
notamment du score de “ Midnight Express ”, se met au travail pour
une version restaurée du classique de Fritz Lang, “ Metropolis ”.
Pour l'occasion, Freddie échange son titre solo “ Love Kills ”
contre des extraits du film, afin d'illustrer le clip de “ Radio
Gaga ”. Et la même année, le dispensable “ Fooling Around
” fait partie de la B.O. de “ Ras les profs ” avec Nick Nolte.
En 1986, Queen est mis à contribution pour le mémorable “
Highlander ”, en collaboration avec Michael Kamen. A noter que dans
le film, lorsque le Kurgan traumatise l'héroïne dans une course
de voitures ahurissante, on peut entendre dans l'autoradio une version
de “ New York, New York ”, interprétée par Mercury, absolument
inédite et introuvable. Toujours en 1986, “ One Vision " fait
partie de l'abject navet réac' “ Iron Eagle ”. Et pour conclure
en beauté, “ Wayne's Worid ” remet au goût du jour “
Bohemian Rhap-sody ” pour l'anthologique scène de headbanging
en voiture des bouffons Wayne et Garth. A noter également que l'enchaînement
A Night At The Opéra /A Day At The Races est emprunté titres de
films des Marx Brothers
A l'instar d'une certain de rockstars, les membres de Queen n'ont
pas été particulièrement précoces et ont eu le temps
d'accomplir des études pour le moins étonnantes. Brian May est diplômé
d'astronomie et a animé des conférences de mathématique en
université. John Deacon, dernier recruté des membres de Queen,
poursuivait, quant à lui, des études d'électronique. Roger
Taylor a préféré choisir les sciences naturelles, avant de se spécialiser
une année durant dans l'espoir de devenir dentiste. Et comme on peut
le penser, Freddie Mercury est le seul du groupe à avoir étudié
sur les bancs d'une école d'art.
Lorsque EMI décide de signer le groupe, la multinationale en fait
une de ses priorités. Des milliers de livres sterling sont injectées
dans la promotion de Queen. premier album du groupe : publicité
massive, distribution gratuite d'exemplaires du LP, bref, c'est la
première fois qu'un tel effort marketing est produit pour un
groupe avec si peu d'expérience. EMI a toujours soutenu Queen, ce qui
a encouragé la virulence des critiques à rencontre du groupe
(voir lettre P). Un soutien qui, sur le long terme, a porté ses
fruits. Avec sur son catalogue Queen, Pink Floyd et les Beatles, nous
vous laissons imaginer comme le banquier d'EMI doit se faure peu de
soucis...
Incroyable rnais vrai! Queen a connu un échec. Il s'appelle Hot
Space et est sorti en 1982. Embrayant sur le succès
d'“Another One Bites The Dust ”, Queen s'enlise dans la
techno-pop. Se voulant funky et ayant pour la première fois
recours à une
section cuivres, Mercury et son groupe connaissent leur seul et
unique échec commercial et artistique. Le disque se vendra
correctement, mais beaucoup moins bien que prévu. Quant au contenu,
jamais le groupe n'aura été si peu inspiré. Et il vaut mieux ne pas
évoquer le visuel de l'album, au risque de se laisser aller à
la description d'un tableau bien ridicule. En plus, il s'avère
que la seule composition sortant du lot est accidentelle : il s'agit
du duo avec David Bowie, “ Under Pressure ”, qui a été enregistré
lors d'une jam improvisée entre les deux parties et rajouté sur Hot
Space pour remplir.
La guitare qu'utilise aujourd'hui encore Brian May est totalement
maison. A l'âge de 16 ans, aidé par son père ingénieur, il
fabrique ce futur objet de culte à partir des matériaux les
plus divers : le manche et le corps sont taillés dans une bûche
provenant de la cheminée d'un cottage anglais. Le vibrato est une
aiguille à tricoter, et quant à la mécanique de
celui-ci, elle provient du moteur d'une moto. Plus tard, Brian a vendu
les plans de sa guitare à la société de lutherie, Guild,
à la condition expresse qu'elle ne produise pas une vulgaire
copie physique de l'instrument, mais qu'elle utilise le même
type de mécanique et d'électronique. Pour jouer, Brian a toujours
utilisé une pièce de monnaie. C'est son moyen de ne jamais
manquer de médiator. Mais la monnaie britannique ayant été rééchelonnée,
le type de pièces auquel s'était habitué le guitariste a
disparu. Peu importe, il se fait désormais fabriquer de la monnaie
à son effigie et du même calibrage que les pièces
officielles.
Le 18 septembre 1976, Queen donne un grand concert gratuit à
Hyde Park, imitant dans cette démarche les Rolling Stones qui s'y étaient
produits en juillet 1969. Le groupe de Mick Jagger intronisait ce
soir-là son guitariste Mick Taylor, venu .remplacer le défunt
Brian Jones. En 1976, Queen souffre d'un réel problème
d'image, engendré par la presse, et compte sur ce concert pour
atteindre le statut de superstar. En fait, le groupe nourrit un
complexe par rapport aux Rolling Stones. Le concert d'Hyde Park doit
permettre à Queen d'être intronisé groupe légendaire.
Mais ils devront attendre presque dix ans, jusqu'au Live Aid, pour que
cette opération réussisse.
Innuendo est l'album testament de Freddie Mercury. Se sachant sérieusement
atteint, il aborde de front des thèmes liés à sa course
vers la mort (une thématique déjà approchée sur Thé
Miracle). Les compositions de Mercury sont parmi les plus personnelles
qu'il ait jamais écrites. Il se laisse même aller à
parler de son chat ! La sortie du single “ Show Must Go On ”,
quelques semaines avant le décès de Freddie Mercury,
contribuera au caractère très particulier à'Innuendo.
A noter la présence d'un des rares invités de Queen sur le titre qui
a donné son nom à l'album : Steve Howe, guitariste de Yes,
pour la partie hispanisante du break de la chanson. Une participation
peu protocolaire, l'accord entre May et Howe ayant été conclu tard
dans la nuit, après quelques bières descendues dans un
pub.
Si on a vu qu'en Amérique du Sud le succès de Queen est
conséquent, au Japon, il s'agit carrément d'une Queenmania ! Dès
1974, ils sont des milliers de fans à attendre Mercury & Co
à l'aéroport, provoquant une mini émeute. Freddie Mercury va
tomber amoureux de ce pays : il entame une honéreuse collection
d'objets d'art japonais, chante “ Teo Toriate ” sur A Day At Thé
Races, et sur l'album qu'il enregistrera avec la cantatrice Montserrat
Caballe, il compose “ La Japonaise ”. Alors que la presse reproche
à Queen d'être calculateur afin de séduire les Anglais,
c'est à l'autre bout du monde que se déchaînent les passions.
Freddie est le premier surpris, ayant auparavant déclaré qu'il
n'imaginait pas une seconde Queen réussir en dehors de l'Angeterre.
En 1974, "Killer Queen" est le premier 45 tours de Queen
qui, d'une part, marche vraiment fort, et, d'autre part, leur permet
de se positionner sur le créneau des inclassables. Queen laisse
tomber le hard-rock brut pour se laisser aller à ce morceau
baroque. Drainé dans le sillage du single, l'album Sheer Heart Attack
s'écoule très bien et permet au groupe de partir sur une
grosse tournée aux Etats-Unis. Plus tard, lorsqu'il s'agira de
baptiser le premier live du groupe, c'est à partir de ce titre
qu'ils choisiront Live Killer.
En décembre 1984, sous l'impulsion de Bob Geldof, une tripotée
d'artistes anglais (Queen n'en fait pas partie) enregistre “ Do They
Know It's Christmas ”, tube qui préfigurera la réunion USA For
Africa. Dans la foulée, un gigantesque concert est programmé le 13
juillet 1985, simultanément au Wembley Stadium et à
Philadelphie : malgré la reformation de Led Zeppelin aux USA, Queen
commet le hold-up du festival. En cinq morceaux joués sans aucun
artifice scénique et en plein jour, c'est l'émeute, et Freddie
Mercury va se surpasser. Brian May déclarera à ce propos : “
Le groupe a bienjoué. mais Freddie a élevé le show à un
autre niveau : il n'a pas seulement transcendé les fans de Queen, il
s'est retrouvé en communion avec TOUT Wembtey. ” C'est le üve Aid
qui va jouer le rôle de détonnateur absolu de la carrière de
Queen : la performance du groupe est tellement intense qu'ils acquièrent
enfin le statut de superstar universelle.
Made In Heaven est le dernier et l'ultime album de Queen. Il a été
réalisé à partir des voix, que Freddie avait enregistrées
juste avant sa mort, et laissées à la disposition du groupe
pour qu'il en fasse ce qu'il veut. Pourtant, il n'y a pas si
longtemps, Brian May déclarait qu'il pensait qu'il n'y avait pas matière
à faire un album. D'autre part, il n'appréciait pas la partie
de voix de Freddie sur Too Much Love... et il l'a gardée pour lui. La
maison de disques vend en tout cas l'album comme un recueil de titres
inédits, mais méfiance. Nous avons mené une petite enquête.
Les seuls morceaux vraiment inédits de l'album sont : " It's A
BeautifuI Day ” (en début d'album version soft. reprise en dernière
plage façon hard-rock. avec citation du premier succès “
Seven Seas Of Rhye ” dans le brouhaha. La boucle est bouclée), “
Let Me Lwe ”, “ Mother Love ”, " You Don't Fool Me ” et
“ Winter's Tale ”. Quant aux autres... “ Made In Heaven ” est
paru pour la première fois en 1985 sur l'album solo de Mercury,
Mr. Bad Guy. Tout comme “ I Was Bom To Love You ”. “ My Life Has
Been Saved ” est la face B du single “ Scandal ”, et le premier
extrait “ Heaven For Everyone ” provient du premier album de Thé
Cross, Shove It. Quant à “ Too Much Love Will Kill You ”,
elle figurait sur le Back To The Light de Brian May. Toutes ses
versions sont différentes de celles figurant sur Made In Heaven. Mais
de là à les qualifier d'inédites... L'interrogation
reste donc entière : enfant désiré ou bâtard de la maison de
disques ?
Jack Nelson est le premier manager du groupe. Grâce à “
Killer Queen ”, Freddie et ses acolytes commencent à ramener
de l'argent au bercail. Malheureusement pour eux, les mains de l'Américain
Nelson ont tendance à traîner et à récupérer ce qui dépasse.
Le groupe, réalisant que son manager s'est enrichi sur son dos, le
limoge et engage John Reid, manager d'Elton John. Sur A Night At The
Opera, Queen enregistre " Death On Two Legs ” : une suite
ininterrompue d'insultes dédiées à Jack Nelson.
A Night At The Opera intègre baroque à la musique de
Queen. Les titres sont plus mélodiques, plus variés. De multiples
styles musicaux sont abordés : le hard-rock. la country, le
charleston, l'extraordinaire expérimentation de “ Prophet Song ”
et, bien sûr, l'opéra. Un style que Freddie affectionne
particulièrement, et qu'il explorera de nouveau lors de son
escapade avec Montserrat Caballe. On retrouve sur A Night... le côté
entertainer de Freddie, qu'il traduit alors par une passion immodérée
pour Liza Minelli. C'est également Freddie qui se charge de
l'illustration de la célèbre pochette en utilisant les signes
du zodiac des_membres du groupe.
Les rapports Queenpresse ont dès le début été houleux.
Les journalistes ont pris le groupe pour un produit fabriqué par EMI.
Ils étayent leurs propos en ressassant sans cesse le forcing
marketing derrière eux. En 1976, la mode est au punk et Queen
est l'exemple type du groupe supporté par l'establishment et qu'il
faut abattre. Surtout que les journalistes ont pris comme une
provocation le fameux “ We Are The Champions ”, qui s'avérera
être un succès. La rancœur de la presse rock déteint
bien vite sur les tabloïds qui se mettent à régulièrement
parler des frasques de Mercury. Le groupe décide de prendre en main
sa communication et engage un processus protocolaire de conférences
de presse très sporadiques. La cabale continue jusqu'en 1980,
date de la sortie de The Game, lorsque mystérieusement, “ Another
One Bites The Dust ” met tout le monde d'accord. Après le üve
Aid, le rapport s'améliore entre la presse rock et Queen, mais les
tabloïds mettent la pression. Sur la fin de sa vie, Freddie
s'installera avec plaisir à Montreux pour éviter
le siège de sa maison londonienne par une horde de
paparazzi. Depuis sa mort, toute la presse vénère Freddie, qui
fut la première rock-star à décéder des suites d'une
infection provoquée par le sida.
L'album que l'on recommande à un ami. Tout Queen est synthétisé
sur ces deux faces : la première, blanche, est composée par
May, la seconde, noire, par Mercury. De l'avis de tous, Queen II est
vraiment le meilleur album de Queen. Pour la première fois, ils
enregistrent dans des conditions confortables et Brian May en profite
pour expérimenter à outrance : " On voulait voir à
travers la bande ”, déclarera-t-il pour justifier la surenchère
d'overdubs de l'album. Le son Queen est défini avec les titres
ahurissants que sont “ Ogre's Battle ” ou “ Father To Son ”.
Sur ses compositions, Brian May produit des sons qui conduiront le
groupe à stipuler sur l'album, qu'aucun synthétiseur n'est
utilisé (voir lettre S).
The Game et The Works sont les deux disques que certains ont baptisé
“ radio albums ". Il est vrai que tout semble être calibré
pour des passages radio : en affichant une totale diversité musicale,
tenue par une unité de production, Queen produit des titres plutôt
mielleux mais au succès certain. Roger Taylor décroche
son-premier numéro 1 anglais avec “ Radio Gaga ”. La tournée qui
suit est la première à intégrer un décor scénique, en
plus de l'habituel et impressionnant light-show : il s'agit de
gigantesques engrenages, inspirés par le film “ Metropolis ”.
Mais l'effet scénique ultime reste sans conteste les claquements de
main d'une foule entièrement contrôlée par Mercury pendant
“ Radio Gaga ”.
Ce n'est pas du tout par mépris que Queen a inscrit sur tous ses
albums jusqu'à The Games “ qu'ils n'utilisaient pas de synthétiseurs
”. C'était pour que tout le monde comprenne que Brian May était
capable de sortir de sa guitare les sons les plus hallucinants. Le
synthé prendra d'ailleurs une place prépondérante sur Hot Space, et
certains ne manqueront pas d'accuser l'instrument à touches d'être
à l'origine de ce désastre. De son côté, Brian May composera
intégralement au synthétiseur une bande-son pour Macbeth, preuve de
sa fascination pour l'instrument. Tous les membres du groupe jouent du
clavier, mais sur scène, ils intègrent un cinquième
musicien sur le côté de la scène. Le premier fut Bobby
Fisher, transfuge de Mott The Hoople, avant que ce ne soit au tour de
Spike Edney (Dexys Midnight Runner) de les rejoindre. Il prend également
la rythmique lors de l'interprétation de " Hammer To Fall ”.
Aujourd'hui, Edney joue avec Brian May et il a auparavant fait partie
de The Cross.
Le 20 avril 1992, le stade de Wembley frissonne une dernière
fois pour le Freddie Mercury Thbute, gigantesque concert-hommage qui a
lieu à peine quatre mois après le décès de
Freddie. L'affiche est particulièrement impressionnante : Def
Leppard, Metallica, Extrême, Guns'N'Roses, Status Quo, Robert
Plant, David Bowie, Lisa Minelli, Liz Taylor, etc. Le concert est
retransmis tout autour du monde, à l'exception de la France qui
doit se contenter du reportage d'Europe 2, et des commentaires
affligeants de... Alain Chamfort. Les 72 000 places du concert se
vendent en moins de deux heures, avant même la divulgation des
participants à l'hommage. Un record.
Cette composition de Freddie mercury a été enregistrée, alors
que David Bowie, résidant à l'époque à Montreux,
rendit visite aux musiciens dans leur studio lorsqu'ils préparaient
Hot Space. Sorti quelques mois avant l'album, ce duo (le seul et
unique figurant sur un album de Queen) va être directement numéro
1 anglais. Bowie ne le porte pas particulièrement dans son cœur,
puisqu'il n'a pas hésité à le qualifier de bonne démo. Il le
reprendra cependant lors du Tribute, en duo avec Annie Lennox. Superbe
fresque sociale au crescendo imparable, “ Under Pressure • est
l'un des morceaux les plus populaires de Queen.
Avec “ Bohemian Rnapsody ”, Queen est le premier groupe
à proposer un vidéo-clip : c'est la première fois que
l'on abandonne la pellicule cinéma pour le support vidéo. Réalisé
en quatre heures pour une somme ridicule, il impressionnera un public
peu habitué aux trucages vidéos. Les clips de Queen sont souvent
somptueux : tout le monde se rappelle des travestis de “ I Want To
Break Free ” ou des clones-enfante de “The Miracle”. Dans ce
clip, le rôle de Brian est d'ailleurs tenu par son propre fils. Les
vidéos qui illustreront “ Innuendo ” et “ Show Must Go On ”
sont en fait d'habiles montages d'anciennes images, l'état physique
de Freddie Mercury s'étant sérieusement dégradé. Une triste réalité
que l'on peut constater à la vision de la très rare vidéo
de “ These Are The Days Of Our Life ”, pratiquement jamais diffusée
tant l'état de Freddie est pathétique.
Le 45 tours qui va permettre à Queen d'exploser en France,
avec en face B “ We Will Rock You ”. Plus encore que “ Bohemian
Rhapsody ”, ces deux titres sont emblématiques de Queen. C'est le
deuxième double single de l'histoire : “ We Are Thé
Champions ” est le premier extrait officiel de News Of The World,
et. We Will Rock You ”, le second. Le 45 tours n'a pas dû
être refabriqué et c'est le même tirage qui sert de
support aux deux morceaux. Les seuls à avoir réalisé la même
opération auparavant sont les Beatles, avec “ Penny Lane/Strawberry
Fieids Forever ”. A noter qu'il n'y a pas de batterie sur “ We
Will Rock You ” : le rythme est construit à partir de
battements de pieds sur une estrade et de claquements de mains.
La pochétte intérieure de Jazz va causer bien des émois aux
ligues de vertus américaines. L'illustration sera censurée dans
certains Etats. Pourtant, le tout est bien inoffensif. Il s'agit d'une
nuée de jeunes filles nues sur des vélos, réunies dans le stade de
Wimbledon, afin d'illustrer le titre “ Bicycle Race ”. Lors de la
tournée qui suit, quelques jeunes filles dans la même tenue défile
sur scène pendant l'interprétation du morceau. Le clip de “
Body Language ”, extrait de Hot Space, est, quant à lui, un
chef-d'œuvre de mauvais goût : on y voit un enchevêtrement
de corps, qui laisse bien peu de doutes quant aux activités
auxquelles sont en train de se livrer les comédiens. La décadence
fait partie de l'univers de Freddie Mercury : pour ses 40 ans, il fait
affréter un avion bourre d'invités, pour une semaine de débauche
à Ibiza.
La première tournée américaine de Queen en première
partie avec Mott Thé Hoople (1974) est interrompue après huit
dates, suite à une hépatite contractée par Brian. Mais ils
reviennent en force en 1977, pour la tournée Queen Lizzy, un
coheadlining avec Thin Lizzy, et certaines premières parties
assurées par Cheap Trick. Mais le succès américain de Queen
va aller en déclinant à partir de Jazz. Le groupe reste trop
longtemps absent du continent nord-américain, et le public, un peu
versatile, relâche son intérêt pour le groupe. A noter
cependant qu'en 1980, “ Another One Bites The Dust ” est le
premier titre conjointement numéro 1 dans les charts blancs et
blacks. Queen est le premier groupe à y parvenir et parvient dès
lors à se mettre dans la poche le fameux NME, magazine
incontournable anglais qui les a jusqu'à présent boudés.
Colonie britannique appartenant désormais à la Tanzanie,
c'est là que Mercury -de son vrai nom Fahrouk Bulsara - est né.
Il est le fils de diplomates anglais. Ses parents font partie d'une
sorte de secte qui condamne fermement l'homosexualité, et Freddie
restera brouillé avec eux jusqu'à sa mort. Freddie et Brian
vont habiter dix ans dans la même rue de Londres sans se
rencontrer. Plus tard, ils se voient en tournant avec leurs groupes
respectifs. Mercury devient très vite envahissant et •
bombarde de conseils Brian qui finit par lui demander d'intégrer
Smile, le groupe qu'il a formé avec Roger Taylor. Tous les trois sont
fortement inspirés par les Beatles et l'influence de John Lennon se
fera souvent ressentir. Il sera sur le point de rendre hommage
à Queen, en reprenant “ Crazy Little Thing Called Love ”
sur l'album qu'il préparait avant d'être assassiné. Le
lendemain de cette triste journée, Queen reprendra sur scène
“ Imagine ” et ils enregistreront en son hommage “Life Is
Real”, plagiat raté de “Love” de Lennon.
Olivier ROUHET avec la collaboration essentielle
de Didier Limagne |